| & Manuel Fréchin |
Le Clown Gestalt | SOMMAIRE Article : Le Clown Gestalt Encadrés Est-ce que jai lair ridicule ? Gestalt : La conscience de nos besoins Lauteur Bibliographie |
| C'est un mariage de raison et de cur que ce
duo du clown-théâtre et de la Gestalt, pratique de développement personnel et
psychothérapie. Pour cause, Fridrich Perls, quand il crée la Gestalt, est nourri
de philosophies orientales avec des notions telles que lici et maintenant,
de mort/renaissance, mais également de théâtre "moderne" et de son travail
sur la présence, la mémoire du corps, de l'invisible. La Gestalt se donne comme objectif de nous ouvrir sur une vie intérieur-extérieur plus complète, une attitude plus riche et plus souple vis à vis de notre environnement. Elle veut soigner ce qui en nous, bloque, freine, filtre, déforme, répète sans renouvellement. Retrouver le mouvement avec l'énergie de l'essentiel et la totalité de notre être : voilà ce sur quoi elle peut aboutir.Sur tous ces points, elle est en harmonie avec le clown-théâtre, avec son présent, sa présence, son corps, ses mouvements, regards, contacts, sens, imaginaire, poésie, rire et sourire. Plus précis? Concret, son univers onirique a les pieds sur terre. En contact, son regard pointe et partage ses émotions les plus riches. De chair, son corps est vivant, respire, échange constamment avec ce qui l'environne et ceux qui l'entourent. Animé, il est en mouvement, bruyant ou sonore, surfant sur les vagues de ses états intérieurs. Spontané, il traverse ses peurs, et s'ouvre à l'inconnu. Ouvert, il rencontre ses partenaires d'improvisation dans une totale liberté, les respectant et les bousculant tout à la fois. Créatif, il fait de chaque objet, de chaque chose, du moindre événement, du son qui passe, comme de l'ombre qui s'étend, un élément de son univers imaginaire, le transforme, jongle, joue, manipule jusqu'à plus soif. Il est curieux sans cesse, découvre tout sous un jour nouveau, son regard est lumière, une lumière tellement particulière, quasi "numineuse", pure, sans biais et sans faux-semblant, et s'il est menteur, moqueur, tricheur ou voleur c'est toujours entièrement et sans demi-ton. Le clown-théâtre est éclatant. Il est la vie en bloc, matière première essentielle et brutale, poésie des temps oubliés où nous connaissions sans savoir, où nous étions totalement. Oui, vraiment, le clown-théâtre est gestaltiste. Clown-contact Allons
un peu plus loin : examinons le clown à travers concepts et outils de la Gestalt. | l'awarness
et l'ajustement créateur. La première peut se résumer (de manière très réductrice)
par conscience- présence-acceptation à (et de) ce que je suis, sens, veux, désire
et ai besoin. La deuxième (de manière tout aussi lapidaire) par comment je peux
faire, agir, me comporter, créer pour satisfaire ce que mon awarness met à jour.
Le clown-théâtre est contact, awarness et ajustement créateur. Il est le prototype même du contact : soit conscience sans a priori à ce qui l'entoure, sensibilité à ce qui change et bouge en lui, une présence sans cesse active, partie prenante, intégrante, transformante, mutante. Une conscience de soi et de ses envies. Une conscience en action, une âme désirante faite d'actes poussés jusqu'à leur épuisement, respectueuse du rythme qui lui est propre, et chose primordiale face (le mot n'est pas neutre!) au "public" représenté en stage par les autres stagiaires et l'animateur. Un public "validateur" de contact... une clé de contact? Car avec son public le jeu est d'une totale vérité : rien n'échappe à cette instance à la fois chaleureuse (rire, émotions, applaudissements, etc.) et glaciale (trop silencieux, dissipé, bruyant). Tel un équilibriste sur son fil, le clown-théâtre suit une ligne située entre son centre intime et le cur du public. Toute déviation, tout mensonge, tout faux-semblant, toute tricherie trouble et détend ce lien ténu. Une fois coupé le clown vit une solitude intense ; il n'est plus nourri, plus alimenté. Or il a encore une chance de se rattraper, un jocker : vivre totalement et vraiment cet instant de perte et d'éloignement, et, en le partageant avec les autres par le regard et le cur, renouer, retisser et retendre le lien vital. Revivre en somme. étapes et écueils Retour côté Gestalt : de nombreuses Gestalt (les cycles du contact) restent inachevées sous leffet des résistances. Le jeu du clown va permettre de les repérer assez rapidement. Elles sont présentes dès les premiers exercices, dès les premières improvisations. Elles sont les étapes et les écueils sur le chemin du clown intérieur. Mais révélées et acceptées, elles font aussi partie du clown, de son jeu avec les choses de la vie. Comme dans la vie, non?! "Parle
moins fort!" "Sois poli!" "Dis bonjour!" "Une chaise
est une chaise pas une balançoire", voilà le prototype même de l'empêcheur
de clowner en rond, c'est lintrojection. Mal digérées, entassées, stockées
en nous tels des paquets de linge sale, elles nous appesantissent et nous rétrécissent
la vie. C'est l'apprentis-sage, mais souvent trop sage! Le clown plonge dans le
paquet et s'en délecte. Lui. |
La confluence dans laquelle plus de différence entre
lindividu et lenvironnement nexiste. Le clown se fond et absorbe
ce qui l'entoure, et en effet tout est lui et lui est tout. Il est tout pouvoir,
toute puissance et rien du tout. Il est le maître du monde et le jouet de son
imaginaire être global Dans le jeu de clown toutes ces résistances sont là naturellement mais avec le plaisir du jeu. Leur exploration devient dynamique et dédramatisée. Le clown gestaltiste qu'il soit débutant ou avancé repart des sessions avec une moisson d'expériences émotionnelles, créatives, relationnelles hors du commun. De quoi travailler "à la maison". Il a vécu une belle aventure, un voyage au cur de ses potentiels, de ses différentes "polarités" -amour/haine, violence/douceur, colère/impassibilité, joie/tristesse, etc. Le travail du clown assouplit, attendrit, réveille et revivifie cette partie de nous-mêmes laissée pour compte : notre corps, notre ombre, notre inconscient. Le jeu du clown-théâtre en Gestalt sert donc de support , de milieu-test, c'est un espace éprouvette où chacun à sa mesure, en son temps, avec ses ressources, expérimente des manières d'être différentes, autorise ses ressources cachées à resurgir, exprime l'indicible, dévoile sa part occulte et honteuse, laisse jaillir et célèbre son être global, son humanité. D'ailleurs, c'est sur un espace dénudé et vide que le clown donne la pleine mesure de la qualité de son contact! Là, son imaginaire, sa vie intérieure s'expriment le plus clairement. Là, sa capacité à "communiquer" ses émotions, ses sentiments et ses états intérieurs est la plus éclatante, la plus magistrale. Le clown-théâtre dans sa dimension d'expérimentation, de training, recrée pour l'individu-acteur une situation de forte intensité dans laquelle celui-ci devra mettre en jeu toutes ses ressources créatrices. C'est la subjectivité de l'homme qui est mise en lumière, dans un espace de grande liberté. Serge Ginger qui a fait émerger la Gestalt en France dit qu'elle est un art de vivre. Je dirais à sa suite que le clown-Gestalt est l'art du jeu de la vie.n Manuel FRECHIN |
| Est-ce que jai lair ridicule ? Le stage a commencé : stagiaires et animateur sont assis, formant public face au clown déjà sur scène. Léon, ce clown nouveau qui va naître, est de dos. Immobile. Timidement, lentement, comme le soleil du matin, son nez rouge commence à apparaître. La lumière soudain Ses yeux, son regard soffrent, son visage souvre à nous. Voilà, la grande aventure du clown a commencé, son 1er pas est fait. Oh ! Rien de bien compliqué pour ce premier exercice, non, il doit juste être là avec son nez de clown, et sentir, se laisser être. Cest la consigne. Cest la 1ère fois, vous comprenez ! Alors la douceur, la lenteur, la totale HAUT | acceptation dêtre-là simposent ! Il y est, donc. La tentation est grande pour lui de faire, de montrer, dagir ! Ne sommes-nous pas là, face à lui, son public, SON public ? Son regard sappesantit, insiste trop et reste dans nos regards de public affamé. Nous voulons le don du monde intérieur de ce clown. Lui, doit penser : " Sauvez moi, gardez moi avec vous, ne me laissez pas tout seul ici sur scène ".Car il a peur, il a le trac. En lui, " ça " se contracte, toutes ses défenses, ses routines protectrices intérieures se mettent en place. Aïe! Blocage du corps, respiration minimale, visage pâle. Alerte ! SOS ! Il veut quand même faire bonne figure, " assurer une bonne prestation ", être un bon clown. Nest-ce pas ce quil a appris depuis toujours? | Ce quil a fait sien : être celui que
les autres attendent, être accepté dans le regard des autres. Aujourdhui,
les autres, cest le public, ces autres stagiaires qui le voient là sur scène
avec son nez rouge : est- ce que jai lair ridicule, svp ?.
Il sait que pour lui cest une occasion attendue depuis longtemps, dont il
a rêvé, quil a imaginé, bien avant davoir enfin le courage de sinscrire
à ce stage : se montrer enfin tel quil est. Lanimateur est là,
il le voit, le sent, comme un secours, un guide, un garde-fou. Alors, Léon respire
et souffle, avance dans linconnu, devient sonore, reprend couleur, il est
là, il le sent et le public le sent ! |
| La
conscience de nos besoins
Globalement parlant, la Gestalt-thérapie est une thérapie du contact et de la forme. Vous êtes en contact avec le monde par vos sens. Vous devez satisfaire des besoins vitaux ou non mais bien souvent essentiels. Et cest grâce à vos sens que vous allez pouvoir modifier votre position, bouger, voir, diriger vos membres, et ainsi entrer en contact avec lélément extérieur nécessaire à votre propre système vital. Imaginez. Vous êtes chez vous. Il fait chaud, vous avez soif, votre bouche est sèche. Boire, vous avez envie de boire! Vous voulez boire. Leau se trouve dans la cuisine. Vous allez dans la cuisine, vous vous versez un verre et buvez goulûment cette eau bien fraîche. Satisfait, votre équilibre physiologique retrouvé, vous retournez à votre table écrire un écrire un article sur le clown-théâtre. Il aura ainsi fallu que vous soyez sensible à votre soif, que vous preniez conscience de cette soif et de comment vous voulez la satisfaire, que vous mettiez lénergie nécessaire pour pouvoir absorber le liquide nécessaire et enfin en ressentiez la satisfaction. Cette scène au déroulement sans accrocs, voilà ce quest une gestalt la forme. Sur le fond de mon état présent se détache la forme (la conscience, le ressenti , la présence à ) de ma soif, mon besoin, mon envie. Notre vie est un long flux interactif de gestalt en évolution, de besoins à satisfaire sur tous les plans physiques, psychiques, spirituels. Or,
des accrocs il y en a ! Ils se situent à tous les points de la courbe. Il
empêchent ou gênent tout simplement : le ressenti du besoin et/ou son élaboration,
et/ou la mise en uvre, et/ou la réalisation et/ou la pleine satisfaction.
Et en cela il y a limitation, arrêt, blocage, et bien sûr, souffrance ! Doù
le besoin de développement personnel ou de thérapie ! Le psychothérapeute
Gestalt va se mettre en position dobservation active, cest-à-dire
devenir partie vivante de ce monde du client. Il va laccompagner et le suivre,
proposant les éléments de décodage des mécanismes répétitifs et les ingrédients
nécessaires à lalchimie de la guérison. |
| Lauteur : Manuel Fréchin Je suis monté pour la première fois sur scène avec un nez de clown à l'âge de 10 ans. Et faire rire d'autres enfants à cet âge-là, cela marque! Quelle joie! Depuis j'ai mené ma barque entre communication, formation, psychothérapie. Sans oublier de faire vivre mon sens artistique, par le théâtre et le clown, par le dessin ou l'écriture. Aujourd'hui, psychothérapeute et formateur, coach et intervenant en entreprise, j'essaie de mettre mon nez de clown un peu partout. HAUT |
"La Gestalt, une thérapie du contact" de Serge Ginger éditions Hommes et groupes
"La Gestalt, thérapie de l'ici et maintenant" de Marie Petit éditions ESF
La Gestalt aujourd'hui : chosir sa vie, MASQUELIER Gonzague , editions Retz.
Et bientôt le mien sur la clown-thérapie!